Sciences sacrées, ésotérisme, hermétisme, occultisme : de quoi parle-t-on vraiment ?
En ces temps où tout est “syncrétisme” et joyeux foutoire, je pense qu’il est primordial de revenir sur les termes couramment employés dans nos disciplines touchant au “non ordinaire”.
Prenons ensemble quelques instants pour clarifier notre vocabulaire.
Mise au point sur le terme “Science”
On en est venu à parler de « sciences sacrées », de « sciences occultes » ou encore d’« arts occultes » parce que l’Occident traditionnel n’a jamais considéré l’alchimie, l’astrologie, la magie, la théurgie ou la Kabbale comme un simple amas de croyances disparates. Ces disciplines formaient au contraire un corpus cohérent de savoirs portant sur l’homme, le cosmos, les causes invisibles et les lois de la manifestation. Le mot science doit ici être entendu dans son sens ancien : non pas la seule science expérimentale moderne, mais une connaissance ordonnée, méthodique et transmissible. Le mot sacré rappelle que cette connaissance se rapporte aux principes premiers, au divin, à l’âme du monde et à la structure invisible du réel. Le mot occulte, lui, ne signifie pas d’abord « fantasque » ou « superstitieux », mais caché, c’est-à-dire voilé au profane, réservé à l’étude, à la discipline et souvent à l’initiation. Quant au terme art, il désigne la dimension opérative de ces savoirs : l’art d’interpréter, de transformer, d’invoquer, de purifier, de relier le bas au haut.
C’est pourquoi on parle au pluriel de sciences ou d’arts : chacune de ces voies possède son objet propre, son langage, ses méthodes et ses instruments, tout en reposant sur une même vision du monde, fondée sur l’analogie entre le microcosme et le macrocosme. Dion Fortune écrit que l’occultisme prétend fournir la base explicative de phénomènes, de pratiques et de forces que d’autres approchent de manière fragmentaire (dans la tradition hermétique occidentale, la Kabbale est présentée comme l’armature théorique sur laquelle se déploient les autres disciplines, dixit Dion Fortune : Tree of Life (arbre des sephiroth) équivaut au, je cite, “ground-plan of the Western Esoteric Tradition “), et qu’il (l’occultisme) donne ainsi une interprétation générale de la vie et du cosmos . Autrement dit, on parle de sciences sacrées lorsque l’on insiste sur la finalité métaphysique et initiatique de ce savoir, et de sciences ou arts occultes lorsque l’on insiste sur son versant caché, technique et opératif ; mais, au fond, ces expressions renvoient à un même ensemble traditionnel de connaissances.
Dans le sens que nous retenons ici, les sciences occultes recouvrent l’ensemble de ce que l’on appelle aussi, et selon les contextes : les sciences hermétiques. Elles comprennent l’astrologie, l’alchimie, la magie, la Kabbale, la théurgie, ainsi que l’étude des symboles, des correspondances et des lois invisibles qui relient les différents plans du réel.
Parler de sciences occultes, ce n’est donc pas célébrer le mystère pour le mystère ou se vouer à une logique maléficiée. C’est reconnaître qu’il existe des savoirs portant sur les dimensions invisibles du réel appartenant au deux natures que sont le “bien et le mal”. Ces dites Sciences visent au retour vers le Divin par les correspondances entre les plans de l’existence, les analogies entre le macrocosme et le microcosme, les influences subtiles, les structures symboliques, les transformations intérieures et les rapports entre connaissance et transmutation.
L’astrologie étudie la structure symbolique et dynamique du ciel en tant qu’elle éclaire la vie terrestre. L’alchimie pense la transformation, qu’elle soit cosmique, psychique ou spirituelle. La magie met en œuvre l’efficacité des correspondances, des formes, des rites et des influences. La Kabbale propose une architecture du réel à travers les nombres, les lettres, les émanations et les degrés de manifestation. La théurgie oriente l’action rituelle vers l’élévation et la participation au divin. L’hermétisme, enfin, en donne souvent le cadre philosophique général.
À partir de la fin du XVIIIe siècle, et surtout au XIXe siècle, l’Europe redécouvre, réorganise et réinterprète de nombreux matériaux issus des traditions ésotériques, hermétiques, magiques, kabbalistiques et initiatiques. Cette période décisive, certes, a insisté sur le terme “Occulte” et malgré elle, enfin je le crois ainsi, entraîné confusion et syncrétisme.
Historiquement, les sciences occultes associent presque toujours plusieurs dimensions à la fois : une vision du monde, une anthropologie symbolique, une discipline intérieure, une méthode d’interprétation et, selon les cas, une pratique rituelle ou opérative. Autrement dit, la connaissance, la transformation de soi, le symbole, le rite et la contemplation ne sont pas des domaines séparés, mais les facettes d’un même travail.
L’astrologue ne se contente pas d’observer des configurations : il lit un ordre du monde. L’alchimiste médite et accompagne un processus de transmutation, Le théurge/mage oriente l’acte vers le principe supérieur. Le kabbaliste étudie et médite la structure de l’émanation, l’involution et l’évolution dans un élan de réparation.
Donc gardons nous de réduire ces traditions à une spéculation abstraite sans efficacité. Une praxis sans doctrine revient à mutiler la Science Sacrée , la couper de “la Substance”. Trancher entre Occultisme et ésotérisme, c’est artificiellement créer un choix, une division (un diabole) par snobisme spirituel et méconnaissance de l’histoire.
NB : Cette connaissance ne se réduit pas à la croyance. Elle suppose étude, discernement, rigueur, hiérarchie des plans, attention aux sources, compréhension des symboles et, souvent, transformation de soi. Car dans ce champ, savoir et se transformer ne sont jamais complètement séparables. On ne comprend pas véritablement les sciences occultes depuis l’extérieur, comme on inventorierait de simples curiosités culturelles. On les comprend à mesure que l’on saisit leur cohérence interne, leur logique propre et leur finalité.
Notions clefs :
L’astrologie étudie les rapports entre les rythmes célestes et la vie terrestre.
L’alchimie décrit et met en œuvre des processus de transformation, à la fois cosmique, psychique et spirituelle.
La magie travaille sur les correspondances, les influences et l’efficacité symbolique des formes, des paroles et des rites.
La Kabbale (signifiant “réception”) déploie une architecture du réel à travers les nombres, les lettres, les émanations et les degrés de manifestation. On parle de kabbale hébraïque(lourianique, écoles de Gérone, écoles castillanes) qabale/kabbale hermétique, kabbale chrétienne, chacune ayant ses spécificités.
La théurgie oriente l’action rituelle vers l’élévation de l’âme et la participation au divin.
Le mot ésotérisme insiste sur la dimension intérieure, réservée, initiatique, d’un enseignement. Il renvoie à ce qui est destiné à être compris en profondeur, au-delà de la lettre ou de l’apparence extérieure.
Le mot hermétisme renvoie plus spécifiquement à la tradition issue du corpus hermétique, mais aussi, par extension, à une certaine manière de penser les correspondances entre macrocosme et microcosme, entre esprit et nature, entre haut et bas. Ces disciplines renferment (Astrologie, Alchimie, Magie & Théurgie et Kabbale hermétique)
Le mot occultisme, enfin, a connu plusieurs usages. Au sens le plus large, il désigne simplement le domaine des savoirs occultes. Dans un sens plus étroit, il peut servir à désigner la reformulation moderne de ces savoirs à partir du XIXe siècle.

